Nous sommes inégaux devant (dessous) la pluie qui s'abat. Y'en a qui ont l'habitude (non mais psssssss quelle idée), et il y en a (j'en suis), qui ne connaissent quasiment que le soleil et se retrouvent dépourvus quand s'annonce le mauvais temps.

Pire: quand ne s'annonce pas le mauvais temps.

Ce jour-là, il faisait vaguement moche le matin au réveil: la nuit vaguement grisâtre, le ciel vaguement plâtre. "Pas grave", hop-hop-hop, un tee shirt en voile de coton et l'équivalent d'un demi-pull en guise de vêtement chaud. En revanche, de très grandes bottes en daim, très hautes, très belles, pour que le pied n'attrape pas la mort (c'est l'hiver sur la côte, mais l'hiver néanmoins). Et puis tiens, lâchons les cheveux, ça sera beau comme une fille du grand ouest sauvage nord américain.

Pour pas attraper la mort-bis, tu restes bien calfeutrée dans le bureau, à boire dix thé en deux heures, avec options mains collées sur la tasse pour pas attraper la mort-ter des doigts.

Comme tu as bien envie tout de même de voir ta copine du bureau d'en face (ie: de l'autre côté de la cour), pour ta tranche de bonheur quotidien, tu sors.

Et là: Vlam! Il pleut à verse. Il tombe des cordes. De l'eau à couper aux ciseaux. (Hein? oui, je sais c'est le brouillard qui se coupe au couteau, moi je coupe la pluie aux ciseaux, je fais comme je veux, il fait si moooooooche).

En cet instant précis, tu prends la mesure de ton immense non-adaptation à l'environnement, de ce que trois cent quarante jours de beau temps sont susceptibles de déprogrammer ton disque dur.

Ouh, lala, comme la jolie tenue que tu avais choisie est inappropriée... Oulala comme ton tee shirt "voile" est dorénavant "fil", c'est à dire: il ne couvre non seulement plus rien, mais il est surtout trem-pé. Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, bien sûr, tu as négligé ce qui aurait pu devenir l'arche de Noé de ta défaite face au déluge: un soutif molletonné (histoire que tout le monde ne sache pas, par le biais des "cerises apparentes", que voui, tu te gèles).

Non, c'est pas chic. Le grand ouest américain de ton cheveu, au fait, comment va-t-il?

Il est comme l'euro: il fluctue, entre la débâcle totale et la tentative de remontée. Cela pourrait devenir "Le Jour où Le Monde perdra ses Illusions sur Ta Raideur Capillaire". Le jour où tu désormais, tu deviens "frisouille". (Si tu avais été assez maline pour attacher tout ça, personne n'en saurait rien. Ballot).

S'il y a, dans ce monde trempé, une seule chose de fiable, ce sont: tes bottes en daim. Oui, la botte en daim possède cet avantage inouï de ne jamais prendre l'eau. Le pied reste toujours au sec. Formidable. Very formidable. Enlève-là une seconde, ta botte, et tu vas comprendre pourquoi air formidable = aussi odeur défavorable.

Mystérieusement, si la chaussure est restée sèche, ton pied, non. Ton daim, comme qui dirait, a l'air d'avoir été abattu à l'intérieur de ta chaussure. Ton pied fume, rapport à la condensation qui se produit grâce (à cause) de l'humidité ambiante combinée à la sécheresse complète de ta botte. L'humidité n'en à rien à faire de ces barrières, ni de la science physique, alors de la logique, pensez bien...

Vous imaginez qu'on peut arrêter un coup de mer grâce à des barrières sous marines? Non?  Et bien la botte qui isole de l'eau c'est tout aussi Non. Mais cela n'empêche hélas pas l'espoir et la tentative récurrents.

Voilà. Je propose donc deux alternatives pour essuyer ces coups du sort:

-Dès que le ciel n'est pas parfaitement clair et limpide, rester chez soi.

-Sortir en tous temps avec une panoplie de marin breton.

Personnellement, ni le jaune du ciré ni le nez rouge du cidre ne conviennent à mon teint, donc CQFD, inventons un Congé Mauvais Temps.

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