Comme certain(e)s prennent un malin plaisir à faire du zèle, comme je ne suis pas née de la dernière pluie, plutôt celle d'avant, comme je déteste la mauvaise foi autant que les dernières semaines avant les vacances (concentration de bile et de nervosité), BING! Voici le top ten des meilleures façons de briller par sa présence incompétente.

1- Arriver en premier au bureau, et le faire savoir : le meilleur moyen de partir avant tout le monde -en pleine activité-, en toute "légitimité", en n'ayant finalement rien fichu. L'avenir, je ne sais pas, mais l'admiration revient à ceux (celles) qui viennent tôt.

2- Dire "Ok, je le fais" ou "Laissez, je m'en occupe". Peu importe qu'ensuite vous déléguiez, vous refourguiez, voire vous fassiez n'importe quoi de ce qu'on met entre vos mains, l'essentiel -cette aptitude à se proposer-  est passé dans le message, et insinué dans les esprits. Celui (celle) qui se cognera le boulot à votre place (parce que proposer, bien sûr, mais exécuter, ça va pas, non?) n'aura aucune gratitude à attendre.

3- Se montrer. Partout, tout le temps. Passer son temps à décrocher le téléphone (même pour répondre à votre époux(se), fils (lle), augmente l'impression générale d'activité hautement busy autour de votre personne. Opter pour les musiques d'attente est une manière sympathique d'agrémenter ces épisodes de "attends, chuis en ligne".

4- Laisser plein de fenêtres ouvertes sur votre P.C. Avec six, sept pages (sans aucune intervention dessus), vous n'aurez qu'à cliquer de temps à autres afin de persuader votre entourage que vous êtes celui (celle) qui gère tout ça à la fois. Dingue. Ne pas oublier, en revanche, de fermer l'onglet net-à-porter après chaque visite.

5- Employer "j'ai fait" au moins dix fois par jour. Même "j'ai fait le tour des photocopieurs, pour vérifier le niveau d'encre" (pfiouuu). Même "j'ai fait changer l'ampoule du plafonnier (par le factotum, cf.2)". Énumérer ses minuscules tâches dans un maelström hyper fourni, avec force détails (exemple " à dix heures j'ai fait le tour des photocopieurs, pour vérifier le niveau d'encre, à onze heures vingt  "j'ai fait changer l'ampoule du plafonnier ") . Fatigue les autres et les rabaisse, forcément, au rang de petits fainéants improductifs.

6- Intervenir, de manière inopinée, à raison de "à chaque fois qu'une question est posée". Squatter le paysage sémantique, en somme. Vous semblerez ainsi avoir la réponse à tout, tout le temps. Lorsque c'est à votre tour de vous enquérir de quelque chose, attendre la réponse et placer "c'est ce que je pensais".

7- Raconter n'importe quoi, lorsque pris(e) en flagrant délit de Rien: "j'attends la réponse de X", " Y ne m'a pas encore donné les chiffres". Non seulement vous n'y serez, avant vérification (n'a réellement lieu qu'une fois sur quarante) pour rien, mais vous arriverez, en bonus, à faire passer X et Y pour des cons. Au bluff, certes, mais le mal est fait.

8- Avoir -toujours- un peu mal quelque part. Mais rester "pour pas perturber le service", avec en travers du visage toute la fatigue + toute la bonne volonté -feinte- du monde. La victimisation fonctionne toujours. Pousser jusqu'aux larmes -de crocodile-, assorties d'un "non, non, ça va aller, ne t'en fais pas", gros potentiel d'efficacité.

9- Arguer de son ancienneté pour rappeler que ça, vous l'avez déjà fait, déjà dit, déjà pensé, déjà réalisé. Comme en 7-, la vérification n'étant pas systématique, toutes les initiatives des autres paraîtront de la roupie de sansonnet à côté de votre expérience solide et costaude.

10- Préparer un gâteau au yaourt, voire tartiner un 4 quarts quelconque avec de la confiote de fraises, dès que ça commence un peu à sentir le roussi (une fois toutes les six semaines environ, seuil de tolérance moyen dans la vie d'un bureau). Les qualités de la gentille cuisinière généreuse effacent les défauts de la plus sévère connasse collègue. Si vous avez un staff souple, préparer le café peut suffire. Veinarde.

 

 

Non, mais sans rire. Vous n'avez personne comme ça dans votre entourage???