Attention, Billet Sinistre (j'aurais prévenu).

Parfois, on s'ennuie à périr, on soupire en trouvant sa vie plate comme une feuille A4,  vide comme une coquille, et calcaire comme le plateau de Verdun. On aimerait que la (les) passion(s) nous assaillent, on aimerait donner de l'élan, de l'allant, de l'envol à tout ce quotidien planplan et trépidant autant qu'un programme nocturne sur Historia.

Dieu, qui n'a pas toujours le sens des priorités (y'a du boulot dans plein d'endroits du monde, mais hein, c'est lui qui décide) vient s'occuper de ça, se chargeant de dévaster l'existence ronronnante à grands coups de pieds dans la gueule d'évènements bouleversants: on perd un parent, on voit disparaître des visages connus ou familiers, des personnes de notre entourage tombent fatalement malades, on voit ses grands-parents chéris se fâner dans des maisons de retraite trop éloignées.

Alors vient le moment où l'on regrette de tout son saôul l'ennui, le désoeuvrement, on commence à entrevoir que c'étaient là des occasions de saisir ce qu'est le bonheur d'une vie paisible, placide et sans remous. On se dit que somme toute, c'est une grande opportunité que d'avoir du temps pour se plaindre, se plaindre de choses aussi ternes que les grolles pas rangées qui traînent encore dans l'entrée, se plaindre de n'avoir jamais le temps pour toutes ces conneries que de toutes façons on ne fera jamais, genre tout plaquer pour vivre dans les îles, arrêter la vie de bureau pour aller vendre des tongs et des maillots à Ipanema (j'ai le rêve pourri, I know), genre mettre à profit les moments où je fous rien au bureau pour apprendre le mandarin, bref. C'est génial de perdre son temps, parfait de ne pas se noyer dans les décharges d'adrénaline.

Dans la chapelle de mon lieu de travail (non, c'est sérieux), il y a ce soir un hommage rendu à une jeune maman de 33 ans, décédée d'une maladie fulgurante; elle laisse une famille et quatre enfants en bas âge. Il y a du violon qui résonne partout, un violen ténu et vibrant qui semble accroché à trois fois rien, sincèrement, je suis absolument triste pour ce drame. Me dis qu'on est bien peu de choses, qu'on s'allume, qu'on s'éteind, comme un rien. Cela me désepère, me terrifie, déjà que j'en mène pas large en temps normal, là je suis: parano (j'ai certes à la base un petit petit petit problème d'hypocondrie paranoïde -comment ça ça fait deux névroses? Pourquoi vous me dites ça?? Vous voulez me faire peur??? Vous voulez que je flippe à bloc, c'est ça??).

Je ne sais pas l'attitude qu'il faudrait adopter devant ce Mystère de l'existence, s'il faut être détendu, ou sur le qui-vive, je ne sais vraiment pas. J'aurais juste envie de serrer les miens contre moi, ceux qui sont loin aussi, celle qui n'est plus là de même, serrer ma petite mémé dont la lumière décline et qui ne me reconnaît plus, leur dire que je les aime, combien je les aime fort et à quel point je me sens infiniment petite et humble dans des instants si graves.

Je balancerais volontiers un alexandrin Baudelairien en guise de phrase du jour, mais ce serait planter un drapeau noir sur mon crâne incliné, beaucoup trop noir et lourd.

Maintenant que je me suis totalement niqué le moral, peut-être même le votre d'ailleurs, je vais aller regonfler mon compteur à inepties, et donner le conseil du jour, conseil évidement issu du manuel d'Epictète, comme l'ensemble de mes citations: "souris puisque c'est grave".*

Le Caravage

 

 

 

Le Caravage, Vanité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*(je décline toute responsabilité si vous déclamez ça en société).