Dimanche, jour de sortie. Oui, c'était avant-hier, et oui, il a fallu deux jours pour m'en remettre. Sortie avec des copains du bureau (ça m'énerve que le masculin l'emporte alors qu'il n'y avait qu'UN collègue et cent milliards (oui, cent milliards, parfaitement) filles, bref), car le CE avait proposé une sortie en gyropode. Vous voyez, ces engins dotés de deux grosses roues, qu'on croise dans les grandes villes? Voilà: un gy-ro-po-de.

"Oh lala, qu'est ce qu'on va bien s'amuser là dessus, nous, ahah, belle tranche de rire, on s'inscriiiit? Allez hop! On s'inscrit!!" nous étions-nous exclamés devant la perspective riante d'une promenade sur, hinhin, la Promenade (des anglais, à Nice). Quelle bande de joyeux drilles, toujours prêts à donner dans le délire de groupe et la découverte de nouveaux moyens de transport et de s'amuser, totalement écologiques, oh qu'est ce que ça va être BIEN..

Bonjour, j'ai grimpé sur un gyropode, j'ai cru que j'allais crever mille fois, je me suis gaufré, témoignage en direct.

Nous voilà, ma bande de lurons, de luronnes et moi, plantés sur la Prom' pour une initiation qui a duré, royalement, quatre minutes (douze? Peut-être, mais je faisais la con -pour changer- avec ma copine, et accessoirement matais les deux moniteurs, que l'on qualifiera sans conteste de carrément sexy, surtout Benoît, Benoîîîît, ah non, moi je préfère Fred, hein, quoiça, quess vous dites?), où grosso modo, les consignes furent distribuées: pas de gyropode-tamponneur (Rhôô, ben zut alors) + pas de choc= pas de problème. Ce que l'on considèrera comme le plus gros mensonge de la création. 

Chacun essaie la bête motorisée, (sur la Promenade, aussi plate que la plaine de Verdun, mais bitumée), yes, ça va trop le faire, attends, je descend de la mach... BAM! Gadin royal pour ma petite personne, qui aura ainsi réussi à se faire rouler dessus par la machine, labourer la jambe au bout de deux minutes, avant même d'avoir débuté le périple. N'applaudissez pas, ceci est le fruit du talent pur.

Tout le monde se fout de ma gueule, pour le principe, croyant tenir là le clou de la journée ("Oh et puis M., t'aurais vu ce gaaaaaaadin, mais elle est tombéeeeee, grosse marrade quoi"). Je pleure par anticipation en voyant ma timberland jaune rayée par le pneu féroce de l'engin, pensant qu'elle était à peu près aussi fichue que ma réputation et qu'il me faudrait pleurer, longtemps, pour quémander un nouveau voyage aux States pour m'en racheter une nouvelle paire (de tim, pas de pneus) parce qu'il est évidement hors de question que je paie le prix fort en France, les mecs, mais je m'égare.

Explications, vous pouvez les garder à l'esprit: l'engin roule à dix km/heure, puis, une fois la ville quittée, jusqu'à vingt km/h. Les deux roues sont sensibles au mouvement, et le guidon ne tient pas exactement droit tout seul. Lorsqu'on met le poids du corps en avant, la machine avance, et lorsqu'on bascule sur ses appuis arrière, elle recule. Primaire, certes, mais c'est de la mécanique, pas de l'humain. Lorsqu'on s'approche de la vitesse maximum, le guidon semble se coller à soi, ce qui est une sensation soit rassurante, soit frustrante (pour les amateurs de vitesse qui rêvaient d'aller encore plus vite) (des malades!) hautement perturbante (pour moi), parce qu'on a l'impression que l'on va se retrouver collé au sol comme une souris dans une souricière.

Lorsqu'on a quitté la Prom' et commencé à traverser des voies aux cotés des voitures, je n'en menais pas large. Pas large, mais j'étais déjà au large, puisque je me trouvais cinquante mètres derrière les autres qui me criaient "tu peux accélérer, vas-y, t'as de la marge!". Hin,hin, je sais que je peux. Mais je ne veux pas. Trop peur. Pas tranquille.

Lorsqu'on a commencé à monter la route entre Nice et Villefranche, je frôlais la crise de panique: sueurs froides, crispations, genoux-castagnettes. Le guidon se rapprochait de moi, dangereusement, j'avais juste la sensation que j'allais basculer en arrière, donc reculer. Reculer dans les voitures qui roulaient patiemment derrière moi. J'avais également la certitude que si par miracle j'échappais au recul intempestif, je ne tarderais pas à me vautrer par dessus bord, c'est à dire dans l'à pic qui bordait la route, et m'éclater au pied de la falaise.

Le gentil Benoîîîîîîîîît a joué son rôle de voiture balai à la perfection, est resté près de moi pour me rassurer ("vous pouvez accélérer, vous savez?" quelle blague, vraiment), jusqu'à ce que nous arrivions à la hauteur de ma copine, qui avait, ni plus ni moins "calé" au bord de la route, calé par effroi, calé de trouille. Elle n'avançait plus, absolument pétrifiée par la peur. J'en ai profité pour lui déclarer mon affection, et le plaisir que j'avais à partager le rôle de boulet avec elle, non, vraiment, ça me touche que ce soit toi..

Nous avons continué tant bien que mal, (ma copine fut littéralement tractée par Benoîîîîît, ou était-ce Fred, vu qu'elle crisait complètement), les descentes me donnant confiance, les montées me terrifiant. J'insiste: j'inscris la montée de la moyenne corniche niçoise au Panthéon de mes terreurs diurnes les plus violentes. Les lacets étaient hyper serrés, la pente monstrueuse. J'ai cru: crever. Crever, vous entendez?

 

Bon, j'abrège. Je pratique le stand-up paddle sans aucun souci, même sur une mer coquine. Je n'ai strictement aucun problème d'équilibre, de centre de gravité, etc, etc. Sincèrement, cet engin m'a semblé certes très très cool sur une voie plane et sans obstacle, en revanche au delà de flippante dès qu'on doit évoluer en ville ou sur route (même si c'est une piste cyclable). Impossible de me sentir détendue, malgré un chemin retour sans aucun souci formel. Parce que sur mon paddle, si j'esquisse un mouvement vers l'arrière, ma planche ne recule pas. Et si je tombe, je tombe dans l'eau, pas sur le trottoir, pas dans la falaise, pas au milieu des bagnoles. Hormis ma gamelle initiale, je n'ai finalement pas eu de problème à manier le "véhicule". Non. J'ai juste connu 17km (eh oui, quand même) d'angoisse et d'adrénaline.

Mes autres copains? Ils se sont é-cla-tés. Surtout les skieurs chevronnés qui se sont parfaitement reconnus dans le principe des appuis (je ne suis pas convaincue, cette histoire de recul n'a rien de commun avec le ski). Qui ont demandé si c'était possible d'aller plus vite, le nez collé sur le guidon dans la descente. Et en redemandaient.

Il reste: les sublimes paysages de la côte, les petits ports de Nice et Villefranche, la mer d'un bleu incommensurablement bleu (oui, j'arrivais quand même à contempler le paysage et à en profiter), les rires (des autres), un souvenir...heu..dont je me souviendrai. Comme je me souviendrai de ne plus jamais m'inscrire à ce genre de sortie.