Comme le printemps est affreusement tatillon sur les horaires et les délais prévus, et qu'il semble refuser de se pointer avant la date fatidique du 21 mars, attendu que ce dimanche est au mauvais temps ce que ma journée a été au pyjama (exemplaire et réaliste, donc), je n'ai pas grand chose à raconter, pas de détail croustillant sur la vie trépidante des carottes et des laitues de la halle du marché, pas de rencontre inopinée au café de la Place (tiens, toi mon ex, ou mon chef, ou mon banquier, ou la personne à qui je n'ai jamais rendu le tome II de 50nuances plus claires (cela dit c'est un acte de sauvetage intellectuel, hein, je sais me montrer altruiste, moi, quitte à perdre certaines de mes fréquentations) fermez la parenthèse).

Pas d'anecdote sur une après midi à cuire au soleil en succombant aux délices de l'avant saison sur les plages encore vides de touristes, pas de contemplation béate de ciel azur, pas de matage intensif de véliplanchistes tankés comme des dieux du stade, le teeshirt puant en moins, non, rien de rien.

Le temps est pourri, donc à tout prendre (ou à tout perdre, je ne sais plus), autant rester posée sur un canapé à lire (hahem) des bouquins de John Sandford, même dans le désordre (la proie certaine, la proie de l'esprit, la proie de l'instant, la proie secrète, une proie sans défense, et il doit y en avoir d'autres, hein..), en boulottant des McVities, ma nouvelle passion, tout en regardant (en écoutant plutôt) Schrek II pour la 647568 fois (easy) avec Fiston.

Je m'ennuyais tellement que j'ai décreté que j'allais essayer de lire mon avenir dans le programme tv de ce soir, mais finalement cette lumineuse ambition m'a effrayée au plus haut point, et pour cause, mon avenir serait un mélange de: 

-Enfin veuve

- Le bruit des glaçons

- La plage (c'est pour se foutre de ma gueule? Non parce que Léo, le sable vierge de la Thaïlande, l'herbe partout, un dimanche soir, c'est quoi sinon une immense blague?)

- Super blonde 

- Venus beauté institut (un rapport avec mon aspect hivernal peut-être?)

- Juste debout (là, j'en suis sûre, c'est dieu qui me parle) (je devrais l'écouter) 

- Carte de fidélité, fidèle un jour, fiché toujours. (Comme quoi la fidélité, hein) (attention, ceci n'est pas un manifeste, oulala, non)

- Saint Etienne -Paris (si c'est mon avenir, je mange mon chapeau) (enfin, mon pyjama)

 

Alors, plutôt NON. Je préfère continuer à lire mon avenir dans les cartes Yu-ghi-oh, dans mes rêves anxiogènes, ou dans la dernière ligne de mon bulletin de salaire qui jusqu'à présent a toujours été parfaitement fiable en me criant que non, le nombre de zéros sur ma paie ne concorde pas du tout, mais alors pas du tout avec mes vélléités de train de vie, mes envies de Sri Lanka en hiver, mon amour pour les chaussures anglaises, le coton d'Egypte, le saumon sauvage de Norvège, mon épanouissement psychique quand j'enfile un pull en soie sauvage, non, je crois que ça va pas être possible. Que la vie est rabat-joie.

Bref, un dimanche qui fait rêver, je sais, c'est sublime, et pour continuer cette magie, je m'en vais bosser un peu sur les quinze tonnes de dossiers qui attendent demain pour m'échoir dessus dans le but infâme de m'écraser et de m'étouffer. Oui, je reprends ainsi le dessus sur l'existence qui paraît décidée à me mener la guerre.

Bonsoir, mangez des Hob's Nobs.

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