Jusqu'ici, tout va bien.

imageFin des vacances (tiens tiens) oblige, je me retrouve contre mon gré à lister les "bien / pas bien" des jours qui viennent de s'écouler. J'en déduis un truc: je ressemble de plus en plus à Ranma 1/2 (vous connaissez pas? Alors vous êtes jeunes. Alors profitez en, la jeunesse c'est le dernier luxe qu'aurait souhaité retrouver Jacqueline de Romilly. Vous connaissez pas Jacqueline de Romilly? C'était une femme d'une science infinie, lettrée au delà des sphères, spécialistes des langues mortes. Oui, les jeunes, on peut se spécialiser dans les langues mortes) (cela ne signifie pas être légiste de la face, hein).

Quoi déjà? Ah oui, bilan de Pâques, Ranma 1/2. Comme systématiquement dans ces cas funestes où ma volonté s'amuse à tirer des enseignements du temps écoulé, le résultat est sans appel: je suis en colère.

Je m'aperçois que je n'ai pas réalisé la moitié du quart des choses initialement prévues (=aller visiter ma collègue en convalescence -mal-, appeler ma tante à sa sortie d'hôpital -très mal- aller embrasser mon Pépé en veuvage -outre-mal-, j'en passe et des moins graves psychologiquement parlant mais je n'ai pas non plus rangé mes affaires d'hiver, ni repeint le plafond, ni remis les livres dans la bibliothèque, bref) et j'en tire, comme systématiquement, un puissant sentiment d'échec et la certitude d'avoir placé la barre trop haut au regard de mes capacités d'action.

Ça part toujours d'une volonté tenace de m'attaquer à tout, à bloc, à 200%, et de ne pas baisser les bras devant l'altérité. Sauf que l'altérité, cette salope, court beaucoup plus vite que moi, me double avant même que j'ai commencé à retrousser mes manches, me colle 300m dans la vue sans que j'aie le temps d'avoir avancé. Altérité, si tu m'entends: t'es pas gentille.

Au final, je me retrouve avec des chantiers à moitié commencés, à demi-réussis, des imperfections par ci par là, des bâtons dans les roues et du sable dans les engrenages. Dans ces moments, quand je me rends compte que j'ai beau donner le maximum de moi même, mais que le temps, l'opportunité, la malchance jouent contre moi, qu'ils sont plus forts que ma petite somme d'efforts..ben dans ces moments là j'ai l'impression d'être au beau milieu d'un épisode de Ranma 1/2, de m'être pris le seau d'eau froide sur le caisson, et de me transformer en tout un tas d'animaux aussi curieux que grotesque. 

Et bien évidement, cela n'a pas l'effet comique du dessin animé. Non. Moi il me vient alors une foule d'idées saugrenues à l'esprit (partir au fin fond de l'Afrique avec Homme et Enfant, vendre des tongs à Bahia -oui ça revient souvent ça-, me spécialiser dans l'éducation des jeunes rebelles, ouvrir une maison d'hôtes dans le Lubéron, reprendre des études d'esthéticienne, vivre sur une île grecque en auto-production  blablabla, que du solide n'est ce pas). Je m'énerve parce que je vois bien la stérilité de ces idées et l'évidence que c'est une cause perdue. Que puisque tout me file entre les doigts autant rester la pro dans mon domaine, continuer à vitesse de croisière, parce que mon train train est confortable, et qu'on ne lâche pas la proie pour l'ombre. 

Je me retrouve avec les fesses entre deux chaises. Ou plutôt quinze chaises, d'ailleurs. Un bout de moi veut se montrer sympa et attentive aux autres. Un autre bout de moi est parfaitement conscient que c'est matériellement impossible partant du principe que les jours n'ont que 24h. Un autre bout de moi en a ras le biniou de bosser pour engraisser un système économique qui ne lui convient pas. Un autre bout de bout sait qu'il faut se maintenir dans la norme si l'on ne veut pas finir complètement marginal (quelle logique implacable, je sais). Un bout de moi commence à se soulever et repart dans son délire "tous à Woodstock 2013, live in peace and put some flowers in your hair". Un bout se dit que tant qu'à cotiser pour la retraite, autant y aller à fond. Le bout d'anar a envie de fiche le feu à son bureau, de fabriquer un drapeau avec sa culotte et de partir en guerre contre le ministère de l'éducation. Et là, j'entends avec clarté la voix de mon ex à fort accent suisse "toi, ce qu'il y a, c'est que vous êtes plusieurs. Je me demande comment tu arrives à te réconcilier, dedans" (oui, cet homme était très perspicace, j'y repense souvent, à sa perspicacité. Pourquoi j'en n'ai pas une comme ça de perspicacité hein?).

C'est comme ça que finissent mes idéaux: écrasés sur la falaise du monde moderne, broyés sous les vagues de plomb de la réalité (putain, c'est beau). J'ai envie de faire ce que je veux, quand je veux..pas que le temps soit finalement une denrée rare, un luxe inouï. J'en ai rien à battre d'être l'employée du mois douze fois par an, je veux être vacancière au long cours. Disposer de mon agenda comme je l'entends, sans qu'un tiers (pire, un employeur) commence à me coller des obligations par ci, des réunions par là, avec l'objectif de se payer une troisième maison de vacances, parce qu'il le vaut bien. 

On va pas se mentir, je connais mes compétences, je ne donnerai pas dans la fausse modestie sur ce point-là. J'en ai juste plein des bottes, plein les tongs plein le dos (polie) de donner mon temps et ma précieuse matière grise à quelque chose d'aussi contestable que le travail. J'ai vraiment la sensation d'être "mal utilisée", donc forcément "inutile". 

Voilà. C'était la complainte de la fille amère et furieuse à deux doigts d'achever ses vacances, et d'entamer une révolte. Une de plus.

image