Une fois, alors que je restais tranquillou chez moi, ça a sonné, et un monsieur très avenant m'a tendu un recommandé, signez-là-siouplait-ma-p'tite-dame. Et en repartant, il m'a souri fortement, mais surtout bizarrement. De manière sibylline, voire.

Je balance le papier dans la corbeille Foutoir-d'Époux, et je passe non pas devant le miroir en pied que je possède (parce que depuis neuf mois que j'ai déménagé, toujours pas de miroir en pied, je l'ai déjà dit mais toujours pas acquis), je passe devant mon reflet dans la porte fenêtre, et soudain j'entrevois ce qui a pu arracher un sourire au monsieur dont la mission professionnelle n'avait rien de drôle, comparé à:

Je porte un jogging gris douillet (= j'arrive à y faire le grand écart facial dedans sans que la forme en soit affectée, d'où: douillet). Je porte un pull troué. Je porte un débardeur où est inscrit "no look today" -des fois que ça aurait échappé à quelqu'un-(information sensément invisible puisque dessous, mais trous dans le pull).

Vais-je le dire? Saute, Martine, ça t'apprendra: je porte ce qu'il convient de nommer des chaussons, ahhh oui désolée je suis obligée de porter des chaussons parce que chez moi le sol est très glissant, car très lustré, car astiqué quotidiennement (hem). C'est pour ça que j'ai des chaussons. Bien évidement.

J'ai des couic-couic en fausse corne / vrai plastoc dans les cheveux pour dissimuler ma négligence capillaire.

Je sais, ça donne envie de vo-mir, ce que je raconte, mais c'est vrai. Pourquoi confort mou rime-t-il avec confort moche? Pourquoi se laisse-t-on séduire une seule fois, par l'appel de n'importe quelle braie en pilou-pilou à la fin des soldes d'hiver, avec l'argument "je traînerais avec dans la maison", pourquoi surtout on passe à l'acte en se déguisant avec en guimauve géante

Y'a que moi pour entendre la raison d'être de mon apparence, parce que tout ça est réfléchi (statement, ouioui, vous suivez ça fait plaisir). Le débardeur, c'est un cadeau (de Nina magasine, mais un cadeau quand même), et un cadeau, Madame-Monsieur, on a la courtoisie de montrer qu'on l'apprécie, donc, si c'est un truc avec grosso modo marqué "j'ai pas de face aujourd'hui je ressemble à rien", tu le portes. Protocole de politesse obli-ge. Je suis très polie. Nadine de Rotshild représente.

Le trou, dans un pull, c'est l'endroit où se concentre toute la douceur chaleureuse de la laine, en permettant un saine aération. Un concept que seul un érudit peut capter. Oui, un peu comme le programme socialo: on sent qu'il y a du sens dans tout ce néant, onlesentonlesaitonycroit.

Le cheveu pas sortable, là je sens bien qu'il n'y a aucun impératif catégorique dedans, j'admets que c'est un plantage intégral. Juste un machin pour me coller la honte et le remord.

Je m'interroge souvent sur le noeud en satin qui est tou-jours collé sur les apprêts féminins. Si c'est pas de la nunucherie de première ça. (Est ce que dans les écoles de commerce on leur dit "la consommatrice a un très fort besoin d'identification au produit, COLLEZ DES NOEUDS ça fait vendre" ? ou alors quelque chose du genre "c'est un truc pour femme, colles-y un noeudnoeud, elle sera contente". Dans tous les cas ça respire le machisme primaire tout ça.)photo(7)

 

 

 

J'arrête, c'est juste plus possible. Je vais désormais augmenter le niveau de Grâce Domestique, d'ailleurs je vais en profiter pour dire à Époux que c'est très mal de me laisser déambuler dans un tel état d'errance vestimentaire. (Message subliminal: je veux des tenues en cachemire gris souris, ou des choses mignonnes imprimées dessus, comme par exemple des petites étoiles, des petites fleurs des petits nuages avec des oiseaux et un arbre un poney arc en ciel et des champignons je pars vite en couille ces derniers temps j'ai besoin de dormir).

Y'aura une photo par la suite, histoire qu'on voit à quel point je suis dans le défi.